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Espace videAnalyse de l’œuvre

Cette fresque monumentale (14m par 3m) d’Ambrogio Lorenzetti n’est en fait qu’une partie d’une fresque majeure commandée par la Commune de Sienne pour orner les murs de la salle du conseil. La commande, exécutée entre 1337 et 1339, consiste en une fresque illustrant un message politique et moral, de même que les lois de Sienne. Peinte en deux parties sur deux murs opposés de la salle, la fresque se compose de l’Allégorie du Bon gouvernement et de l’Allégorie du mauvais gouvernement et se veut un rappel aux magistrats de leur rôle et une exhortation de leur sens civique.

Cette œuvre constitue une excellente illustration des tensions politiques, économiques, sociales et artistiques présentes dans la société européenne à l’orée de la renaissance. Bien que la vision de la gouvernance illustrée par la fresque soit résolument une conception profane et moderne de l’idée de gouvernance, son style réaliste et populaire est caractéristique de l’art dans la période médiévale.

Allégorie du Bon gouvernement et de l'Allégorie du mauvais gouvernement

L’héritage médiéval

- L’image narrative. L’œuvre est composée de deux bandes horizontales inégales et distinctes. L’histoire qui s’y déroule se lit de gauche à droite et de haut en bas.

Dans la partie supérieure qui occupe les deux tiers de la surface, sept femmes symbolisent les vertus du Bon gouvernement. La Sagesse, la Justice, la Force, la Tempérance, la Prudence, La Magnanimité et la Paix entourent un vieillard imposant qui domine l’assemblée par sa taille. Il représente l’Autorité légitimée par ses conseillères. Ces personnages, installés dans des sièges confortables placés sur une estrade, dominent par leur position comme par leur grande taille une frise composée de citoyens. De petites figures ailées planent au-dessus de leurs têtes. Ce sont les vertus théologales : Sagesse, Charité, Espérance... Un personnage à gauche fait le lien entre les deux frises : c’est la Concorde. Un rabot posé sur ses genoux est censé aplanir les discordes. Si par sa taille, cette femme appartient au registre supérieur, par sa position dans l’image elle se place au niveau du peuple, c’est à dire en bas mais au tout premier plan. Dans la frise des citoyens qui sont tous de toutes petites tailles, certains d’entre eux sont des élus s’avançant vers l’Autorité. D’autres, à droite, placés dans un espace restreint, sont faits prisonniers et gardés par des soldats. Deux nobles au centre, offrent à genoux leur château à la Commune. Une corde tenue par la Sagesse en haut et à gauche, passe de mains en mains (Justice, Concorde, citoyens) pour arriver dans les mains du « gouverneur ». Elle relie donc les vertus théologales, les vertus cardinales, les hommes et le pouvoir.

- On retrouve la symbolique de l’échelle du corps humain qui détermine dans l’imagerie du moyen- age le statut social face au pouvoir religieux ou comme ici, face au pouvoir politique.

- Le choix des couleurs renforce la symbolique de la scène :

a. Le fond bleu uni rappelle que Sienne s’est placée sous la protection de la Vierge.

b. La couleur des vêtements permet d’identifier le rôle de certains personnages : le noir et blanc (couleurs de la ville) pour le personnage qui a autorité, le blanc pour la robe de la paix, etc.

- Le système perspectif encore balbutiant, intègre plusieurs points de fuite et donc plusieurs points de vue correspondant à la vision du spectateur se déplaçant devant l’œuvre.
- La pose hiératique des personnages principaux qui rappelle les frises byzantines. Seule l’Allégorie de la Paix entre en contraste avec le reste de l’œuvre et annonce un style nouveau.
- Les attributs (bible pour la sagesse, balance pour la justice, rameaux d’olivier pour la paix, le rabot pour la concorde, la corde qui relie....) contribuent à la compréhension de la narration.

L’essor de l’art de la Renaissance :

- Le message d’ordre politique. Contrairement aux œuvres jusqu’ici essentiellement religieuses, cette fresque s’appuie sur les valeurs de l’antiquité mettant l’homme au centre du monde. La religion s’efface devant la pensée philosophique et politique. Dans cette œuvre l’inspiration divine devient vertu (théologales) et les anges qui les symbolisent rappellent les muses ou les dieux et déesses de la mythologie. Leur taille très réduite contribue, à magnifier les autres personnages.

- Le dessin des corps s’anime. Face à la rigidité de la pose prise par la Sagesse, la Justice et le gouverneur, on voit apparaître des mouvements naturels observés plus que copiés et reproduits. Les citoyens se parlent, leurs visages sont des portraits, manteaux et chapeaux sont ceux des contemporains de Lorenzetti (influence de Giotto) C’est ici le personnage de la Paix qui est emblématique de cette évolution. Le drapé de son vêtement fait allusion aux drapés antiques. Allongée sur un coussin posé sur un amoncellement d’armes, elle exprime la sérénité et la confiance. Un peu à l’écart des autres vertus, elle est spectatrice d’une scène qui se déroule dans la paix retrouvée.


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